Il y a quelques années j’ai enseigné dans un établissement dans lequel un groupe d'enseignant.es et personnels de vie scolaire avait décidé de mettre en place un projet pédagogique innovant à l’échelle du collège : un collège sans classes, et sans notes !
Le projet a été travaillé sur une année scolaire avant d’être appliqué, soutenu par le chef d’établissement, suivi puis validé par le rectorat. La mise en place du projet s’est faite progressivement, avec des ajustements au fur et à mesure.
☕SANS CLASSES
L’idée était la suivante : les élèves ne sont plus réparti.es en groupe classe suivant leur âge, mais en Groupe de besoin suivant leur niveau de maîtrise des compétences dans chaque matière. Groupe de besoin 1 pour la 6ème, GB2-5ème, GB3-4ème, GB4-3ème.
Pour la première année de mise en place du projet et pour chaque élève intégrant l’établissement il avait été demandé aux équipes de chaque matière de préparer une évaluation diagnostique, afin de décider quels groupes de besoin les élèves devaient intégrer.
Prenons l’exemple d’une élève de 12 ans qui aurait dû être en 5ème : si cette élève était très à l’aise en maths, elle était affectée en GB3 maths (4ème), en revanche si elle avait des difficultés en anglais, elle était affectée en GB2 anglais (5ème).
→ un.e élève ne pouvait être rétrogradé.e que d’un seul groupe de besoin (ainsi, un.e élève de 15 ans ne pouvait donc pas se retrouver dans un GB2 avec des 5èmes par exemple)
→ l’élève pouvait changer de groupe de besoin à la fin du trimestre si la/le prof de la matire jugeait cela possible, un protocole était mis en place pour lui faire rattraper les notions du trimestre précédent.
→ un.e élève n’ayant normalement pas l’âge de passer le brevet pouvait se présenter à l’examen si iel était en GB4 dans au moins deux des matières de l’examen et en GB3 dans la dernière.
Point positif : cet établissement accueillait beaucoup d’élèves à besoins éducatifs particuliers, qui parfois s’ennuyaient beaucoup en classe dans certaines matières, cela leur permettait dans la dite matière d’être dans le niveau supérieur et d’être davantage stimulé.es.
Points négatifs : c’était une organisation complexe au niveau des emplois du temps. En effet, pour que les élèves puissent naviguer d’un groupe de besoin à l’autre, chaque matière devait avoir cours en barrette (par exemple tous les cours de français devaient avoir lieu aux mêmes heures pour que le changement de groupe de besoin d’un.e élève n’entraîne pas de conflit d’EDT). Cela donnait donc des EDT peu optimisés pour les profs, et cela voulait également dire que chaque prof ne pouvait enseigner qu’à un seul niveau du collège.
Autre point négatif : j’enseignais en 3ème, donc GB4, j’avais quelques élèves de 4ème (GB3) dans mes cours. Cela voulait dire que l’année suivante, ces élèves qui étaient des 4èmes et suivaient mes cours de 3ème allaient refaire une année de 3ème dans ma matière.
☕SANS NOTES
Concernant la partie sans notes, le principe était le suivant : les compétences étaient évaluées avec des lettres. A = acquisition très satisfaisante des compétences, B = satisfaisant, C = en cours d’acquisition, D = non acquis.
Sur École Directe cela apparaissait sous forme de couleur, vert foncé (A), bleu (B), jaune (C) et rouge (D).
Sur les bulletins, c’était une autre histoire. En effet, pas possible de faire de moyenne avec des lettres où des couleurs. Les bulletins étaient donc longs de plusieurs pages, puisque toutes les compétences évaluées dans le trimestre devaient y apparaître avec la couleur associée.
La mise en place de ce système a été plus ou moins facile en fonction des matières d’autant plus que nous n’avons pas été réellement accompagné.es pour repenser nos manières d’évaluer.
J’enseigne une langue, j’évalue donc 6 grandes compétences tout au long du collège, j’ai trouvé ça plutôt simple de juger si la compétence évaluée était acquise ou non, d’autant plus que chacune de mes évaluations contenait au maximum deux compétences. Je sais que ce n’était pas le cas dans d’autres matières.
Personnellement j’ai trouvé que les élèves étaient beaucoup plus attentif.ves aux remarques faites quand je rendais les copies. Là où iels étaient occupé.es à recompter les points dans le système classique, désormais iels étaient à l’écoute des mes explications pour savoir pourquoi je leur avais attribué C plutôt que B.
CONCLUSION
Participer à un projet pédagogique innovant à l’échelle d’un établissement est plutôt rare. Je me considère chanceuse de l’avoir vécu. Cela nécessite une capacité d’adaptation assez importante car cela vient bousculer des habitudes ancrées depuis des années. Même si ce système n’était pas parfait, les élèves et les parents en étaient globalement satisfait.es.
En tant que prof cela vient questionner nos pratiques, ce qui est, selon moi toujours intéressant et important. En revanche, nous n’avons pas toujours l’espace mental de tout chambouler de la sorte, d’où l’importance d’être bien accompagné.es dans le processus et d’avoir des outils à disposition pour nous aider.
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