TDAH : en tant que prof c’est un acronyme que l’on entend souvent. Mais que se cache-t-il derrière ces 4 lettres ?
Trouble Déficit de l’Attention avec ou sans Hyperactivité. On a certainement toustes en tête l’exemple d’un ou une élève TDAH qui nous vient à l’esprit, et malheureusement ce ne sont pas toujours des souvenirs agréables. Car les élèves qui souffrent de ce trouble sont souvent des élèves dissipé.es, bavard.es voire parfois insolent.es ou ingérables.
Mais je tiens tout de suite à rajouter que ce sont aussi souvent des élèves avec un grand sens de l’humour, des fulgurances impressionnantes, une grande sensibilité et un sens aiguë de la justice.
Pour commencer, parlons de ce qu’est le TDAH : un trouble du neurodéveloppement, c’est un cerveau qui n’est pas structuré de la même manière que les personnes ne souffrant pas de ce trouble. En effet, chez les personnes TDAH, certains circuits cérébraux transmettant les informations présentent un dysfonctionnement. Ce n’est donc ni une question d’éducation, ni une question de volonté.
Il y a trois symptômes majeurs du TDAH qui vont varier en intensité en fonction des personnes :
- le déficit de l’attention,
- l’hyperactivité motrice et/ou mentale,
- l’impulsivité.
Bien sûr, tous les enfants peuvent, à certaines périodes de leur vie, faire preuve d'inattention, d’hyperactivité et d’impulsivité. Mais on parle de TDAH quand ces symptômes durent depuis plus de 6 mois et retentissent sur la qualité de vie.
Il est également important de relever que ce trouble entraîne un risque plus important de blessures accidentelles, d’addiction, de dépression et de suicide que pour le reste de la population. Cela nécessite donc une prise en charge sérieuse.
Mais bien sûr dans le contexte de l’école, l’intégration de ces élèves, même si iels sont parfois accompagnés d’AESH, relève souvent du challenge. Les conditions de travail dans l’école telle que nous la connaissons ne sont déjà pas tout à fait adaptées aux élèves neurotypiques, elles le sont encore moins pour les élèves TDAH.
Rester immobile sur sa chaise pendant de longues heures, lutter pour ne pas se laisser distraire par les mouvements et bruits environnants, s’empêcher de prendre la parole à des moment inopportuns : tout cela requiert des efforts intenses pour le cerveau TDAH.
Les élèves TDAH doivent en effet fournir beaucoup d’efforts pour s’adapter au monde qui les entoure. Cela engendre une fatigabilité souvent bien plus importante que leurs camarades ainsi que des performances moindres que ce dont iels sont capables en réalité. Et encore une fois, ce n’est pas une question de volonté mais de circuits cérébraux qui dysfonctionnent.
🫖 Mon expérience: j’ai travaillé dans un collège qui se spécialisait dans l’accueil de ces élèves et j’en ai eu régulièrement dans mes classes au cours de ma carrière. En tant que professeure principale j’ai souvent eu à rencontrer des parents d’élèves TDAH, à mettre en place ou renouveler des PAP, à faire la médiation entre la famille et l’équipe enseignante.
Voici des exemples de certains dispositifs mis en place afin de soulager ces élèves (et leurs professeurs) et faire que leur scolarité se déroule dans les meilleures conditions possibles :
- possibilité de se lever, d’aller marcher dans le couloir
- possibilité de manipuler un objet, dessiner pendant le cours
- présence d’AESH canalisant leur énergie, répondant à leurs questions
- placement au premier rang pour ne pas être déconcentré par les mouvements des autres élèves
Bien sûr, il n'était pas possible de mettre tout en pratique tout le temps. Certaines choses fonctionnaient pour des élèves et pas pour d’autres.
En complément de ces adaptations pratiques, des traitements existent pour traiter le TDAH. (Vous avez certainement entendu parler de la ritaline). Ils sont certes efficaces mais nécessitent un temps d’adaptation afin de trouver la bonne molécule et le bon dosage.
🫖 Mon expérience : j’ai vu le “avant/après” traitement de certain.es élèves dont un qui m’a particulièrement marquée. C’était un élève avec une hyperactivité très présente, qui avait besoin de manipuler des objets, qui pouvait être insolent. Du jour au lendemain, il est devenu tout le contraire, amorphe, éteint. J’avoue que ça m’a fait mal au cœur de le voir ainsi. Certes il était beaucoup plus calme, certes je n’avais pas à le reprendre toutes les deux minutes, mais à quel prix ? Heureusement les doses du traitement ont été ajustées, mais cela a pris du temps, et cela n’a pas dû être facile à gérer, ni pour lui, ni pour sa famille.
Pour finir, il me semble important de mesurer l’impact des mots que l’on va adresser à ces élèves TDAH, à l’oral bien sûr, mais aussi sur les bulletins trimestriels. Il est très tentant, et j’ai moi-même pu le faire, d’écrire sur un bulletin “doit se concentrer” ou “manque de concentration”. Mais cela serait comme écrire “doit être plus actif.ve" en EPS à un.e élève à mobilité réduite. Encore une fois ce manque de concentration n’est pas un manque de volonté ou un problème d’éducation.
Bien sûr, le trouble ne doit pas excuser certains comportements qui dépendent de la volonté de l’élève ou de l’éducation qu’iel a reçu, et il peut parfois être difficile de discerner ce qui relève du trouble ou non. Mais il me semble important de garder en tête que les élèves TDAH sont souvent des élèves en souffrance qui, pour beaucoup, vont devoir apprivoiser et gérer ce trouble tout au long de leur vie.
🫖Mon expérience : je vis avec une personne diagnostiquée TDAH à l’âge adulte, je vois au quotidien les difficultés que cela engendre. C’est souvent une souffrance invisible et invisibilisée. Je vois les efforts fournis et le peu de considération en retour. Je constate le manque de connaissance des gens sur le sujet, comme beaucoup de choses qui touchent à la santé mentale.
Mais pour finir sur une note positive, et comme je le disais plus haut concernant les élèves TDAH que j’ai pu rencontrer dans mes classes, je vois aussi les points positifs du TDAH : la créativité, la sensibilité, les fulgurances dans l’humour et les analyses, le sens de la justice.
Je vous laisse avec quelques liens pour approfondir le sujet !
https://www.inserm.fr/c-est-quoi/minute-dattention-cest-quoi-le-tdah/
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